La Tunisie est confrontée à un niveau élevé et persistant de jeunes en situation de NEET (Not in Education, Employment or Training), révélateur de déséquilibres structurels entre formation, marché du travail et dynamiques économiques territoriales. Selon la Banque mondiale (2023), près de 33 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans sont concernés. Les estimations de l’Organisation internationale du Travail (2022) mettent en lumière une forte disparité de genre, avec environ 40 % des jeunes femmes en situation de NEET, contre un peu moins d’un tiers des hommes.
Au-delà de ces chiffres, la question des NEET concentre plusieurs risques systémiques. Elle affecte directement la productivité et la capacité d’innovation de l’économie, tout en alimentant des formes d’exclusion sociale et de défiance vis-à-vis des institutions. Dans ce contexte, l’intégration professionnelle des jeunes ne peut plus être abordée comme une politique sectorielle isolée, mais comme un levier transversal de stabilité et de développement.

Diagnostic stratégique des jeunes en situation de NEET
L’analyse des dispositifs existants met en évidence une fragmentation persistante. Les initiatives sont nombreuses, portées à la fois par les institutions publiques, les partenaires techniques et financiers et la société civile, mais elles restent souvent peu coordonnées et difficilement lisibles pour les bénéficiaires. L’ANETI, bien qu’au cœur du système d’intermédiation, ne parvient pas toujours à atteindre efficacement les jeunes les plus éloignés de l’emploi, notamment dans les territoires de l’intérieur.
Par ailleurs, une part importante des interventions demeure centrée sur l’offre de formation, sans intégration suffisante des réalités du marché du travail ni des trajectoires individuelles. Cette approche limite l’impact des programmes, en particulier pour les profils marqués par des ruptures prolongées avec le système éducatif ou professionnel.
Un autre élément structurant du diagnostic concerne la difficulté à capitaliser et à étendre les expériences réussies. Plusieurs projets pilotes soutenus par la GIZ, l’Union européenne ou la Banque africaine de développement ont démontré la pertinence d’approches innovantes, notamment dans le champ des dispositifs de “seconde chance”. Néanmoins, ces initiatives restent souvent confinées à des échelles limitées et fortement dépendantes de financements extérieurs, ce qui freine leur institutionnalisation.

Opportunités stratégiques pour les projets de d’insertion professionnelle des NEET
Malgré ces contraintes, plusieurs dynamiques offrent des perspectives concrètes d’amélioration. L’une des évolutions les plus prometteuses réside dans le développement de parcours d’insertion professionnelles intégrés, combinant formation, accompagnement psychosocial et immersion progressive dans le monde du travail. Des expériences soutenues par l’UNICEF montrent que ces approches, lorsqu’elles sont adaptées aux profils des bénéficiaires, permettent d’obtenir des résultats significatifs en matière d’insertion durable.
Dans le même temps, l’importance croissante des compétences transversales appelle à un repositionnement des dispositifs. Les travaux de l’OCDE (2021) confirment que les compétences comportementales jouent un rôle déterminant dans l’accès et le maintien en emploi. Leur intégration systématique dans les programmes constitue donc un levier stratégique encore sous-exploité.
Les transformations économiques en cours ouvrent également de nouvelles perspectives. Les secteurs liés à la transition écologique, à la digitalisation ou encore au développement des économies locales offrent des opportunités d’insertion professionnelles des NEET, y compris pour des profils peu qualifiés, à condition que les dispositifs de formation et d’accompagnement soient alignés avec ces dynamiques.
Enfin, l’entrepreneuriat apparaît comme une voie complémentaire crédible, notamment dans les contextes où l’emploi salarié demeure limité. Son potentiel reste toutefois conditionné à la qualité de l’accompagnement, à l’accès au financement et à l’intégration dans des écosystèmes économiques structurés.

Recommandations opérationnelles pour une insertion réussie des NEET
Dans ce contexte, une évolution des modes d’intervention des acteurs apparaît nécessaire. Il s’agit d’abord de dépasser une logique de projets isolés pour s’inscrire dans une perspective de transformation des systèmes. Cela implique un soutien accru aux institutions nationales, ainsi qu’un accompagnement des réformes visant à améliorer la cohérence et l’efficacité des dispositifs d’insertion.
Parallèlement, l’ancrage territorial des interventions doit être renforcé. Les réalités du marché du travail en Tunisie varient fortement selon les régions, ce qui appelle des approches différenciées, construites en lien étroit avec les acteurs locaux et les dynamiques économiques spécifiques.
La question de la coordination constitue un autre enjeu central. Le renforcement des mécanismes de concertation entre acteurs publics, privés et associatifs permettrait de limiter les duplications et d’améliorer la lisibilité des parcours pour les bénéficiaires.
En outre, l’investissement dans des systèmes de suivi et d’évaluation plus robustes apparaît indispensable. Une meilleure compréhension des trajectoires des jeunes et des facteurs de réussite des programmes permettrait d’orienter plus efficacement les financements et d’améliorer la qualité des interventions.
Enfin, le passage à l’échelle des initiatives les plus prometteuses doit devenir une priorité explicite. Cela suppose non seulement des ressources financières adaptées, mais aussi un travail de capitalisation, de formalisation et d’intégration dans les politiques publiques.

Apport stratégique de Compass Crew Consult
Dans cet environnement en mutation, Compass Crew Consult est en mesure d’occuper une position stratégique à l’interface entre conception, coordination et mise en œuvre. Sa capacité à articuler vision systémique et ancrage opérationnel lui permet d’accompagner les acteurs de l’écosystème dans la structuration de dispositifs intégrés, tout en assurant leur cohérence avec les réalités du terrain.
Au-delà du conseil, notre valeur ajoutée réside dans la capacité à faciliter le dialogue entre acteurs, à structurer des approches multi-partenariales et à renforcer les dispositifs de suivi et d’évaluation. Ce positionnement hybride répond directement aux besoins actuels des partenaires de développement, en quête de solutions à la fois innovantes, efficaces et durables.
L’intégration professionnelle des NEET en Tunisie constitue un défi systémique qui appelle une évolution des approches traditionnelles. Pour les bailleurs, l’enjeu dépasse désormais le financement de projets ponctuels et s’inscrit dans une logique de transformation durable des systèmes d’insertion.
Une approche intégrée, territorialisée et centrée sur les parcours des bénéficiaires permettra non seulement d’améliorer l’employabilité des jeunes, mais aussi de contribuer à la résilience économique et sociale du pays. Dans cette perspective, la capacité à connecter les acteurs, à structurer les dispositifs et à accompagner leur montée en échelle sera déterminante.

